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Enseignement 2.0

« Vas-y, lâche-toi, associe tes compétences de cuisinier et de caviste pour donner aux élèves une approche globale de la gastronomie associée au vin. Tu as carte blanche »


C’est ainsi qu’ont été jetées les bases du cours d’accords mets et vins que je devrais proposer aux cavistes en devenir de la formation « Caviste conseiller commercial » de la CCI de Vannes. Le genre de défi qui me fait frétiller les papilles…


Depuis la rentrée, on navigue avec mon petit équipage sur les méandres du gout. On lève des filets, mijote, grille, poche, fleure, désosse… Puis on carafe, inspecte les larmes, les robes ; 1er nez, 2eme nez, attaque, évolution, finale, persistance… On associe alors nos préparations à des vins d’ici et d’ailleurs avec plus ou moins de succès. Notre détermination commune suffit à monter un joyeux bazar autour de notre plancha électrique et nos 3 casseroles. Ça vit !


Alors forcément, début novembre, alors que le monde allait s’arrêter pour la 2eme fois de l’année revient la question de l’enseignement à distance. De l’accord mets &vins, par écran interposé. Vous voyez le projet ? Parce-que moi pas trop ; Le sel de ce module est de pouvoir gouter et échanger afin de se bâtir une approche commune. Tout ce dont cette situation nous prive en somme.


Alors on échange entre collègues, on parle, on réfléchit. On essaye de décentrer nos pensées, de trouver des solutions.


Je tombe sur cette citation de Paul Ricoeur: « Qu’est-ce que je fais quand j’enseigne ? Je parle. Je n’ai pas d’autre gagne-pain et je n’ai pas d’autre dignité ; je n’ai pas d’autre manière de transformer le monde et je n’ai pas d’autre influence sur les hommes. La parole est mon travail ; la parole est mon royaume. » (Le royaume des mots, 1999)


Cette phrase résonne en moi une bonne partie de la nuit. Je finis par me dire qu’écrire que la situation actuelle nous prive, c’est justement s’y soumettre, s’y résigner. La parole est un royaume et devrait nous permettre de percer ce banc de brume. Surement un rivage accueillant nous attend au-delà. (Souvenir de navigations à voile en Irlande, où le stress généré par l’absence totale de visibilité précède le spectacle indéfinissable des rayons de soleil perçant soudainement la brume pour éclairer les moutons paisibles broutant sur d’infinies prairies se jetant dans la mer…)


Non, on ne se laissera pas bouffer !

On cuisinera tous ensemble, derrière nos écrans et sur la base d’un économat unique. On essaiera de comprendre ce qui se passe; La modification de la texture d'un aliment sous l'influence d'une cuisson... Surtout, on essaiera de se créer notre univers. A distance certes, mais notre univers quand même. Ne pas céder de terrain à cette situation qui semble justement vouloir nous en arracher du terrain.


Je transforme ma cuisine en studio M6 low cost et suis à nouveau déterminé : on va faire du « Cyril Lignac », sans Cyril Lignac et avec ma seule webcam détraquée ! Vraiment, la parole n’aura jamais été aussi importante entre nous. Moralité de l’expérience : Mieux vaut un bon micro qu’une bonne caméra ! Merci à Paul Ricoeur de m’en avoir convaincu…


Un grand merci à tous les 2C (cavistes 2eme année par apprentissage) pour leur motivation et leur volonté sans faille.

« Poulet en 2 façons : en ragout et en ballotines farcies aux champignons. Jus réduit de volaille »






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